Bourse : selon BP, le cours du pétrole ne remontra jamais

Sommaire

Grande première pour l’or noir. Un géant pétrolier, BP, a récemment adopté une perspective qui s’avère relativement pessimiste. Selon leur analyse, le cours du brut ne parviendra probablement pas à retrouver les niveaux antérieurs à la crise sanitaire et économique. Le monde change, les combustibles fossiles entament aussi une trajectoire descendante. Quelles seront alors les conséquences pour l’économie mondiale et les marchés boursiers ? Est-il nécessaire de s’y préparer déjà maintenant ? Et, concrètement, vers quelle place évoluera le pétrole dans un écosystème désormais influencé par la décarbonation et la justice climatique ?

Pourquoi le cours du pétrole selon BP ne remontera jamais

BP annonce une perspective jamais vue pour le marché de l’or noir, avec un impact notable sur les échanges mondiaux et sur les décisions des investisseurs.

Les raisons de la chute selon BP

Une multitude de facteurs économiques et sanitaires sont avancés pour justifier ce recul persistant de la demande. La crise du COVID-19 a diminué la mobilité à l’échelle globale, ce qui a fait chuter la consommation de carburants fossiles (un recul d’environ 25% en 2020). Industrie et ménages entament peu à peu leur transition vers de nouvelles énergies renouvelables, sous l’effet d’une pression économique faible en émissions. Par exemple, l’on a vu certaines compagnies investir massivement dans l’hydrogène ou le stockage d’énergie déjà en 2021, ce qui a accéléré le mouvement. BP affirme que la demande globale de brut risque bien de ne jamais retrouver le sommet atteint en 2019, voire qu’elle pourrait diminuer encore.

L’effondrement de la demande mondiale

Le secteur aérien se trouve parmi les plus frappés, tandis que de nouveaux moyens de mobilité gagnent du terrain chez les consommateurs. L’aérien international affiche une diminution de 60% en 2020 ; concernant les déplacements transfrontaliers, ils plafonnent à -40% des niveaux antérieurs à la pandémie. L’essor continu des véhicules électriques ainsi que la croissance d’alternatives de transport plus sobres en énergie accentuent à leur tour ce fléchissement. À Bruxelles, par exemple, il n’est guère exceptionnel de remarquer un voyageur embarquant sur une trottinette électrique à sa sortie de la gare.

Impact sur l’aviation

L’aviation représentait à peu près 10% de la demande globale pour le pétrole brut en 2019, et elle a encaissé un fort contrecoup. Les vols commerciaux ont connu une contraction de 56% pour l’année 2020. Certains spécialistes évoquent un retour graduel, mais sans certitude quant à un rebond réel, d’autant plus qu’il existe des objectifs stricts de réduction des émissions. Une directive de la Commission européenne pousse d’ailleurs les compagnies à investir dans le transport décarboné, néanmoins la feuille de route reste sans réelle garantie.

Transition énergétique des consommateurs

Les comportements changent sensiblement – par exemple, la vente de vélos électriques a bondi (+137% en 2020). Depuis 2021, on observe parfois que le nombre de véhicules électriques vendus dépasse celui des voitures à essence dans plusieurs pays européens. Les politiques urbaines prennent acte de cette transformation et multiplient les mesures visant à privilégier les transports collectifs ou les modes doux afin de restreindre les rejets de CO₂. Cette dynamique, portée notamment par le Ministère de la Transition écologique, intensifie la mutation sectorielle et rend un retour en arrière bien peu plausible.

Un changement radical pour la bourse

Cette partie fait le point sur l’impact du nouveau contexte annoncé par BP sur les marchés financiers, bouleversant ainsi les stratégies d’investissement, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises.

L’héritage du pétrole dans les bourses mondiales

Des décennies durant, l’or noir a été la pierre angulaire de l’économie mondiale et a façonné de façon profonde les marchés financiers. Beaucoup se souviennent du choc pétrolier de 1973, ayant déséquilibré les grandes places financières. Les prix du Brent ont évolué de manière volatile ; 10 dollars le baril en 1999, pour atteindre jusqu’à 147 dollars en 2008 à la faveur de diverses tensions géopolitiques et économiques. Une industrie entière s’est fondée sur l’idée de sécurité énergétique, souvent sans trop de souci pour la résilience des systèmes en situation de crise.

Nouvelles stratégies pour les investisseurs

Face aux projections de BP, de plus en plus d’investisseurs remanient leur portefeuille. Les experts recommandent de s’orienter vers le secteur des renouvelables, l’efficience énergétique ou encore les technologies à faible empreinte carbone. D’après plusieurs analystes, il semblerait que les fonds investis dans les énergies vertes aient franchi le cap des 500 milliards de dollars en 2020. On note aussi que bon nombre de fonds spécialisés incluent aujourd’hui des groupes tels que Vestas, Tesla ou Orsted, qui incarnent la percée des filières électriques et de l’hydrogène décarboné.

Comparatif des cours historiques et actuels

Année Brent ($/baril) WTI ($/baril)
1999 10 11
2008 147 134
2020 42 39
2025 (prévisions) 60 57

Les prévisions pessimistes de BP

Zoom sur l’analyse de BP et l’horizon qu’elle trace pour les investisseurs et les marchés globaux.

Analyse des prévisions de BP

Dans ses scénarios, BP envisageait un baril oscillant autour de 70 dollars, voire moins, jusqu’en 2030. Cette estimation s’appuie sur les dynamiques actuelles : évolution accélérée des politiques climatiques mondiales et efforts répétés pour diminuer la dépendance aux combustibles fossiles. D’après BP, l’avancée technologique pourrait continuer de réduire graduellement la demande de pétrole. Il se pourrait bien que l’essor des réseaux intelligents, ou smart grids, permette désormais d’optimiser la consommation et de faciliter l’intégration de solutions de stockage – une tendance qui, il y a dix ans, paraissait encore marginale.

Impact sur les investisseurs

Pareilles perspectives amènent à réévaluer la structure de ses actifs. Certaines figures influentes du secteur, comme Mark Carney, pointent le risque d’une dévalorisation des actifs fossiles et incitent à privilégier un placement plus responsable. Les fonds ESG (respectant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) n’ont cessé de gagner du terrain : selon Morningstar, ils auraient progressé de plus de 70% en 2020. Peut-être est-ce le carrefour de deux univers ? Le Réseau de Transport d’Électricité (RTE) français suggère que l’intégration forte des énergies vertes pourrait favoriser l’indépendance énergétique à l’horizon 2035 ; cependant, une mutation rapide du réseau et l’adoption de nouveaux comportements d’usagers seraient indispensables.

Tableaux des prévisions annuelles

Année Brent ($/baril) WTI ($/baril)
2025 68 66
2030 65 63
2035 62 60
2040 60 58

Zoom – Variétés et indices de pétrole

Un tour d’horizon des types d’hydrocarbures (Brent, WTI, Arabian Light) et nombreux indices utilisés comme repères essentiels sur ce marché.

Les principales variétés de pétrole

Sur le marché, trois références s’imposent : le Brent (essentiellement issu de la mer du Nord), le WTI (raffiné en Amérique du Nord, très pauvre en soufre), et l’Arabian Light (provenant d’Arabie Saoudite, principalement destiné à l’Asie). Leurs différences de site, de structure et de qualité déterminent leur attractivité et agissent sur leur valorisation. L’utilisation industrielle ou la chimie de transformation peuvent d’ailleurs être déterminées par le choix de telle ou telle variété. Parfois, pour des raisons techniques propres au secteur, il s’avère utile de préférer un pétrole « léger » ou, à l’inverse, un brut plus lourd.

Caractéristiques Brent WTI Arabian Light
Teneur en soufre 0.37% 0.24% 0.77%
Région de production Mer du Nord Amérique du Nord Arabie Saoudite
Prix moyen 2020 42 $/baril 39 $/baril 38 $/baril

Indices de référence du marché pétrolier

Des indices tels que le Brent ou le WTI sont employés comme repères mondiaux. La majorité des contrats sont indexés sur ces standards. Depuis dix ans, le Brent cote en général 2 à 3 dollars de plus que le WTI, ce qui s’explique par les frais et écarts de qualité. Il arrive que certains investisseurs se tournent vers d’autres références plus marginales, mais elles demeurent peu utilisées, du moins pour le moment. Par moments, lors de rencontres sectorielles, on voit aussi évoqués les carburants issus de l’hydrogène ou les bioénergies, mais sans que ces solutions soient reconnues comme des standards mondiaux.

Année Brent ($/baril) WTI ($/baril) Arabian Light ($/baril)
2015 52 48 47
2020 42 39 38
2025 (prévisions) 60 57 56

Grands producteurs et influenceurs

Les États-Unis, la Russie ainsi que l’Arabie Saoudite figurent parmi les géants de la production planétaire d’or noir. Pour donner une indication : en 2020, les États-Unis produisaient environ 11 millions de barils/jour, l’Arabie Saoudite 10 millions, et la Russie se situait près des 9 millions. Leurs décisions, surtout quand elles s’opèrent via l’OPEP, ont toujours une incidence appréciable sur l’échiquier énergétique global. La recherche d’autonomie énergétique n’est donc pas nouvelle – mais celle-ci prend une nouvelle ampleur aujourd’hui avec l’émergence des énergies propres et le rôle intensifié des batteries pour la sécurisation de l’approvisionnement.

Production

Impact des événements géopolitiques et économiques

Bref aperçu des événements internationaux qui viennent périodiquement bouleverser le marché des hydrocarbures.

Événements géopolitiques majeurs

La géopolitique a un rôle de poids sur l’évolution des prix : pour illustration, les sanctions américaines contre l’Iran en 2019 ont provoqué presque immédiatement une hausse avoisinant les 20% des cours. Les conflits moyen-orientaux ou bien les tensions sino-américaines peuvent également déclencher des variations rapides ; il arrive assez fréquemment qu’un événement fasse bouger le prix du baril de plusieurs dollars en quelques instants. Pour diverses institutions, ces agitations soulignent à quel point la sécurité énergétique à l’échelon mondial demeure vulnérable.

Évolution

Politiques économiques et stratégies mondiales

Les choix économiques d’organismes tels que l’OPEP déterminent la stabilité ou l’instabilité des cours. À titre d’exemple, en 2020, l’accord actant une réduction de la production signé par l’OPEP a permis de juguler la dégringolade des prix. Sur quelques années, la montée progressive de solutions énergétiques alternatives – grâce notamment aux Accords de Paris et au renforcement des réseaux de batteries – provoque un basculement des investissements vers l’économie « verte ». Ce tournant paraît engagé : la transition avance, même si son cheminement n’échappe pas à certaines turbulences. Par ailleurs, on entend parler ici ou là d’opérations d’effacement du réseau pour réguler la consommation lors des pics ; cette technique reste encore mystérieuse pour beaucoup, mais elle est déjà testée dans certains territoires à l’avant-garde, parfois au Québec.

FAQ – Facteurs influençant le prix du pétrole

Éclaircissements rapides pour mieux cerner ce qui fait évoluer le marché de l’or noir.

Quels sont les principaux facteurs influençant le prix du pétrole ?

Le montant du baril s’ajuste selon plusieurs équilibres : variation entre l’offre et la demande, mesures de l’OPEP, tensions géopolitiques, évolutions monétaires ou chocs économiques. Par exemple, une hausse imprévue des réserves américaines – donnée suivie hebdomadairement – suffit parfois à entraîner un net recul des prix. Sans négliger l’entrée de petits producteurs de bioénergies ou d’hydrogène sur le marché, un mouvement qui se constate sporadiquement mais pourrait grandir à terme.

Comment la transition énergétique affecte-t-elle le prix du pétrole ?

Le développement rapide des énergies renouvelables et l’appui des autorités publiques réduisent certainement la demande d’or noir. Gouvernements et entreprises misent désormais sur les infrastructures propres et bénéficient ainsi de divers soutiens financiers. D’après plusieurs sources du secteur, les investissements dans le renouvelable auraient excédé 500 milliards dollars en 2020, ce qui donne, sans doute, une direction claire pour les années à venir. Par ailleurs, le développement de solutions à base d’hydrogène ou d’innovations pour le stockage commence également à séduire le marché. Certains témoignages évoquent une transformation accélérée : tel réseau local dit avoir atteint près de 50% d’énergie renouvelable après deux hivers seulement – une preuve que le changement, parfois, peut surprendre par sa rapidité.

Prévisions à long terme pour le marché du pétrole

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la part du brut dans le mix énergétique mondial devrait décliner de 32% (2020) à environ 27% d’ici 2040. Pourtant, certains chocs majeurs – que ce soit sur le plan politique ou économique – peuvent encore provoquer ponctuellement des hausses marquées, même si la demande globale continue de décroître. Il reste à voir dans quelle mesure ce scénario se confirmera. Ce qui paraît établi : la pression liée à la justice climatique et à la résilience énergétique ne pourra que croître, forçant chaque acteur à revoir ses stratégies et équilibres à l’avenir.

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