Safran : valorisation exigeante, moteurs LEAP et risques à surveiller

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Acheter Safran peut avoir du sens pour un investisseur de long terme qui cherche une valeur industrielle de qualité, exposée à l’aéronautique civile, à la défense et aux services après-vente. Mais le titre n’est pas une évidence à n’importe quel prix : la croissance est solide, la visibilité est rare, et une partie de ces qualités semble déjà intégrée dans la valorisation.

La vraie question n’est donc pas seulement d’acheter ou non, mais à quel horizon, avec quelle marge de sécurité et pour quel rôle dans le portefeuille. Safran correspond davantage à une logique de détention progressive qu’à un achat impulsif après une forte hausse du cours.

Safran : une valeur de qualité, mais pas sans prix

Safran fait partie des groupes industriels français les plus suivis en Bourse. Le groupe emploie environ 100 000 salariés dans 27 pays et a réalisé 27,3 Mds€ de chiffre d’affaires en 2024. Son activité repose sur trois grands piliers : la Propulsion, les Équipements et Défense, puis Aircraft Interiors.

Faut-il acheter des actions Safran : infographie éditoriale du mix activités, des services et de la chaîne de valeur
Faut-il acheter des actions Safran : infographie éditoriale du mix activités, des services et de la chaîne de valeur
Branche Poids dans le chiffre d’affaires Ce qu’il faut retenir pour l’investisseur
Propulsion 50 % du CA Moteurs civils et militaires, services de maintenance, rentabilité élevée
Équipement et Défense 39 % du CA Trains d’atterrissage, freins carbone, avionique, optronique, exposition défense
Aircraft Interiors 11 % du CA Cabines et sièges, activité plus cyclique et plus fragile

Le modèle de Safran combine environ 50 % de première monte et 50 % de services. La première monte correspond aux équipements livrés lors de la fabrication d’un avion. Les services couvrent l’entretien, les pièces et la maintenance d’une flotte déjà en circulation. Pour un actionnaire, cette part de services est centrale, car elle apporte des revenus plus récurrents à mesure que les avions volent.

CFM International, un actif stratégique

Le partenariat CFM International avec GE Aerospace est l’un des grands atouts de Safran. Les moteurs CFM56 ont été livrés à plus de 34 000 exemplaires, tandis que les moteurs LEAP équipent notamment les avions moyen-courriers de nouvelle génération. En 2024, 1 407 moteurs LEAP ont été vendus, avec 11 500 moteurs en carnet de commandes.

Cette base installée crée une logique de revenus récurrents : plus il y a de moteurs en service, plus les besoins de maintenance augmentent au fil des heures de vol. C’est l’un des points qui justifie la prime de valorisation du titre par rapport à des industriels plus cycliques.

Ce qui peut soutenir le cours de l’action Safran

Le premier moteur de croissance est le besoin mondial d’avions. Les estimations mentionnent 43 000 nouveaux avions commerciaux d’ici à 2043, dont 24 000 avions à remplacer et 19 000 avions supplémentaires. Les moyen-courriers représenteraient 75 % du besoin estimé, ce qui correspond précisément à une zone forte pour les moteurs LEAP.

La hausse attendue du trafic aérien joue aussi en faveur du groupe : 5 milliards de passagers sont attendus, tandis que la croissance de la classe moyenne pourrait atteindre 1,5 milliard de personnes sur 20 ans. Pour Safran, davantage de vols signifie davantage d’usure, de contrôles, de pièces de rechange et de maintenance.

Services, défense et innovation : trois amortisseurs

Les services after-market rendent Safran moins dépendant des seules livraisons d’avions neufs. C’est important dans un secteur où Airbus et Boeing peuvent subir des retards de production, des tensions fournisseurs ou des ajustements de cadence. Le carnet de commandes apporte une visibilité rare, avec 8 années de chiffre d’affaires assurées.

La défense complète ce profil. Les activités liées aux moteurs militaires, à l’optronique, au guidage inertiel, à l’avionique ou aux programmes comme le Rafale, l’A400M, le NH90 ou l’Eurodrone exposent Safran à des budgets souverains. Dans un contexte de réarmement européen, cette dimension peut stabiliser une partie des revenus.

Enfin, l’innovation constitue une barrière à l’entrée. Safran revendique 16 000 inventions brevetées, environ 1 000 dépôts de brevets par an et 2,0 Mds€ de R&D en 2024. Dans l’aéronautique, un brevet, une certification ou une technologie de combustion ne se remplacent pas comme un composant standard. Le temps industriel protège les leaders installés.

Safran occupe une place difficile à contester dans la chaîne de valeur aéronautique. Une fois un moteur, un frein carbone ou un système de navigation intégré à un programme, le client change rarement de fournisseur. Pour l’investisseur, cette dépendance réciproque est un atout, mais elle impose aussi des exigences élevées sur la qualité d’exécution et la fiabilité des livraisons.

Valorisation, cours et dividende : l’action est-elle déjà chère ?

Le point de vigilance principal tient à la valorisation. Un cours mentionné autour de 360,5 € et un rendement d’environ 0,93 % indiquent que le marché ne valorise pas Safran comme une action de rendement, mais comme une valeur de croissance rentable et visible. L’investisseur ne doit donc pas acheter le titre pour son dividende uniquement.

Sur le plan opérationnel, les chiffres récents soutiennent la qualité du dossier : 31,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 5,1 milliards d’euros de résultat opérationnel et 16,6 % de marge opérationnelle. Une marge de ce niveau dans une industrie lourde traduit une vraie puissance de prix, mais elle impose aussi une exigence élevée : toute déception sur les livraisons, les coûts ou les perspectives peut être sanctionnée.

Un historique boursier favorable, mais volatil

Safran a montré une forte capacité de rebond après les crises. Pendant le Covid, le cours a chuté d’environ 55 %, passant de 150 € à 66 €. Il était ensuite mentionné à 97 € en février 2022, 92 € en septembre 2022, puis 116,92 € en clôture 2022. Cette trajectoire rappelle qu’une valeur de qualité peut subir des baisses marquées lorsque le trafic aérien se contracte.

Sur longue période, la comparaison reste favorable : +36,1 % sur 5 ans contre +22,41 % pour le CAC 40, et +259,98 % sur 10 ans contre +73,38 % pour le CAC 40. Cette surperformance explique pourquoi le marché accepte souvent de payer Safran plus cher que la moyenne.

Le dividende progresse, mais reste secondaire

Le dividende a repris après la crise : 0 € en 2020, 0,43 € en 2021, 0,50 € en 2022, puis 1,35 € en 2023. C’est un signal positif sur le retour à une trajectoire plus normale, mais le rendement reste modeste. Pour un portefeuille orienté revenus, Safran peut compléter une poche dividendes, sans en être le pilier principal.

Les risques à ne pas sous-estimer avant d’acheter

Le premier risque est industriel. Safran a réalisé 16 Mds€ d’achats fournisseurs en 2024, auprès d’environ 14 000 fournisseurs et sous-traitants. Les achats représentent 58 % du chiffre d’affaires. Si la chaîne d’approvisionnement se tend, les retards peuvent peser sur les livraisons, les coûts et la satisfaction client.

Le deuxième risque est la concentration de l’écosystème. Safran dépend fortement des grands avionneurs comme Airbus et Boeing, mais aussi de son partenariat avec GE Aerospace dans CFM International. Cette concentration est une force lorsqu’elle donne accès aux grands programmes mondiaux, mais elle limite aussi la diversification commerciale.

Le troisième risque est environnemental. L’aérien représentait 2,3 % des émissions mondiales de CO2 en 2023, avec un objectif sectoriel de zéro émission nette en 2050. Safran investit dans des moteurs plus sobres et dans la R&D, mais la transition écologique peut entraîner des contraintes réglementaires, des investissements lourds et une pression accrue sur les technologies existantes.

Le bon timing d’entrée

Pour un investisseur prudent, acheter toute sa position en une seule fois après une forte progression du titre peut être risqué. Une approche par paliers permet de réduire le risque de mauvais point d’entrée. Les niveaux techniques souvent évoqués dans les analyses passées, comme 140 € de résistance, 150 € de cible haussière, 125 € de support, 113 € ou 92 € en scénario baissier, montrent surtout que le titre peut varier fortement selon le cycle et le sentiment de marché.

Acheter, conserver ou attendre : quel scénario privilégier ?

Pour un investisseur déjà actionnaire, conserver Safran reste cohérent si l’horizon est long terme et si la ligne n’est pas devenue trop dominante dans le portefeuille. Le groupe combine leadership industriel, carnet de commandes, services récurrents, défense et innovation.

Pour un nouvel acheteur, l’opportunité dépend surtout du prix d’entrée. Safran mérite une place dans une allocation actions européennes de qualité, mais plutôt avec une stratégie progressive. Le titre est particulièrement adapté aux investisseurs qui acceptent une valorisation exigeante en échange d’une forte visibilité industrielle.

  • Scénario haussier : les livraisons LEAP accélèrent, les services progressent avec le trafic aérien, la marge reste élevée et le marché continue de valoriser la qualité du groupe.
  • Scénario central : Safran poursuit sa croissance, mais le cours évolue plus lentement car la valorisation limite le potentiel à court terme.
  • Scénario baissier : tensions fournisseurs, retards chez les avionneurs, pression sur les coûts ou correction des valeurs de croissance industrielles pèsent sur le titre.

En synthèse, Safran reste une action solide, mais pas une action bon marché par défaut. L’achat se justifie surtout dans une optique patrimoniale, avec un horizon de plusieurs années, une entrée fractionnée et une attention particulière à la valorisation. Pour un investisseur court terme ou très sensible au prix, attendre un repli peut être plus rationnel que courir derrière la hausse.

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